Baldwin, Piaget et l’adualisme : Du décentrage au recentrage de la personnalité

James Mark Baldwin (1861 – 1934) est un philosophe et psychologue américain, fondateur du premier journal de psychologie scientifique The Psychological Review (1895) et éditeur du journal scientifique très influent Psychological Bulletin. Baldwin, à l’instar de William James, est principalement connu pour ses travaux théoriques. Ses idées sur « la genèse de la pensée logique » et sur une « théorie génétique de la réalité » ont influencé deux grandes figures de la psychologie du développement, Jean Piaget et Lev Vygotski.

BALDWIN, PIAGET ET L’ADUALISME : DU DÉCENTRAGE AU RECENTRAGE DE LA PERSONNALITÉ

L’adualisme est un concept théorisé par l’américain James Baldwin, fondateur de la psychologie scientifique et repris par le psychologue suisse Jean Piaget dans les années 1960. Il fait partie de sa théorie de la construction des connaissances, qui explique comment les enfants apprennent et développent leur compréhension du monde qui les entoure. Selon Piaget, l’adualisme est le processus par lequel l’enfant commence à prendre de la distance avec son propre point de vue pour prendre en compte celui des autres. Cela se manifeste par un passage par trois stades différents :

Le stade égocentrique, où l’enfant est incapable de penser à partir d’un point de vue différent du sien.

Le stade des premières opérations concrètes, où l’enfant commence à comprendre qu’autrui peut avoir une perspective différente de la sienne.

Le stade des premières opérations formelles, où l’enfant est capable de raisonner à partir d’un point de vue général, indépendamment de sa propre perspective.

L’adualisme est un concept important dans la théorie de Piaget car il joue un rôle clé dans le développement de la pensée logique et de la capacité de raisonnement chez l’enfant. Il est également lié à la notion de métacognition, qui désigne la capacité d’un individu à réfléchir sur sa propre pensée et sur les processus cognitifs qui la sous-tendent.

L’adualisme est un donc un concept qui se réfère au processus par lequel l’enfant, dans un développement normal, acquiert une conscience de soi distincte de celle des autres. Ce processus se déroule en général en trois étapes.

La première étape correspond au stade de l’adualisme préopératoire, où l’enfant a du mal à comprendre que les autres peuvent avoir des pensées et des perspectives différentes des siennes. La deuxième étape est le stade de l’adualisme opératoire concret, où l’enfant commence à comprendre que les autres peuvent avoir des points de vue différents, mais ne peut pas encore raisonner sur des concepts abstraits. Enfin, la troisième étape est le stade de l’adualisme opératoire formel, où l’enfant est capable de raisonner de manière logique sur des concepts abstraits et de comprendre les différences de perspective entre les individus.

L’adualisme est un concept important en psychologie du développement, car il joue un rôle important dans l’acquisition de la conscience de soi et dans la capacité à comprendre les autres. Cette compréhension est cruciale pour le développement social et émotionnel de l’enfant.

L’adualisme chez l’enfant lui permet en particulier de :

1- Distinguer le signifiant et le signifié – en linguistique, le signifiant est simplement la graphie ou l’image verbale d’une chose , alors que le signifié est l’idée, le concept derrière le mot – . On retrouve ce concept dans l’expression bien connue : « la carte n’est pas le territoire. »

2- Distinguer la subjectivité et l’objectivité. La subjectivité est le fait de percevoir ou de juger quelque chose de manière personnelle et propre à chacun, en fonction de ses opinions, ses croyances, ses émotions, etc. La subjectivité implique donc un point de vue personnel et unique, qui peut varier d’une personne à l’autre.

L’objectivité, en revanche, est le fait de s’efforcer de comprendre et d’évaluer les choses de manière impartiale, en se basant sur des faits et des preuves objectives. L’objectivité vise à éliminer les biais personnels et à prendre en compte tous les éléments pertinents pour arriver à une conclusion juste et équitable. 

En d’autres termes, la subjectivité est le point de vue personnel d’une personne, tandis que l’objectivité est l’approche impartiale et factuelle pour comprendre et évaluer quelque chose. Être objectif c’est donc en quelque sorte penser « contre soi », « contre son cerveau » dirait Bachelard.

Chez l’adulte, il est important de souligner que le manque de distanciation par rapport à une identification subjective à l’un de ses tenant-lieux n’est pas une notion pathologique ou négative en elle-même. Chacun de ces types d’identification peut être utile dans certaines situations et peut contribuer à la diversité et à la richesse de notre expérience humaine. Ils s’inscrivent dans un processus complexe et différent pour chaque personne. Il est important de souligner d’ailleurs que cette distanciation n’est pas nécessairement un objectif à atteindre pour toutes les personnes, et que chacun peut avoir sa propre façon de s’identifier et de se connecter avec le monde qui l’entoure.

Cependant, il est généralement bénéfique d’aider à retrouver une identification sensorielle centrale plus stable et plus consciente qui organise, relie et rend cohérent toutes les identités partielles. Quand cette identification sensorielle centrale ne peut relier ces identités, il y a une grande difficulté à développer la métacognition qui définit le mieux un état de maturité.

Dans certains cas, le sujet présente des troubles dissociatifs de l’identité partiels, éphémères et sans gravité – qui n’a jamais exprimé que ses actes ne « lui ressemblait pas », que « ces mots avaient dépassés sa pensée » ou « qu’il n’était plus lui-même en accomplissant tel ou tel acte ? » -. Ces troubles peuvent être utilisés par des personnes malintentionnées pour manipuler leur victime et leur faire accomplir dans un état second ce qu’il ne voudrait pas faire dans un état unifié cohérent habituel. L’Othello de Shakespeare en vient ainsi à assassiner sa bien aimée, manipulé par Yago.
Dans les cas les plus graves, le sujet en arrive parfois à « ne plus se reconnaître » en fonction des situations (5% de la population souffrirait de troubles graves de dissociation de l’identité) sans manipulation extérieure.

Comment aider à retrouver l’identification sensorielle centrale dans son point fixe, conscient, à la fois unique et commun ?

Voici quelques pistes pour aider à cette désidentification des parties et  favoriser une identification sensorielle fédératrice et libératrice.

  1. Favoriser la pratique de la pleine conscience ou de la méditation : ces pratiques permettent de se recentrer sur l’ici et maintenant, de se reconnecter à soi-même et aux sensations de son corps, et de libérer l’esprit des pensées et des émotions négatives.
  2. Encourager l’expression de ses émotions et de ses pensées : il peut être utile de s’exprimer verbalement ou par écrit, de façon à libérer les émotions et les pensées qui peuvent causer de la souffrance. Cela peut se faire en parlant à un ami, à un thérapeute ou en écrivant dans un journal intime.
  3. Cultiver des relations saines et significatives : les relations interpersonnelles peuvent être un moyen d’apprendre à se connaître soi-même et de se sentir plus en lien avec les autres. Il est important de choisir des relations sain
  4. Encourager la personne à se connecter avec ses sensations et ses émotions de manière consciente et à les accepter tels qu’ils sont, sans jugement ni interprétation. Cela peut être fait en pratiquant la pleine conscience, la méditation, la respiration profonde, EMDR, etc.
  5. Inviter la personne à explorer ses croyances, ses préjugés et ses attitudes envers elle-même et le monde qui l’entoure, et à les remettre en question si nécessaire. Cela peut être fait en discutant ou en faisant des exercices d’introspection ou d’hypnose.
  6. Favoriser l’écoute active et l’empathie pour comprendre les points de vue et les expériences de la personne. Cela peut être fait en posant des questions ouvertes, en répétant ce que la personne a dit pour montrer que vous avez compris, et en évitant de donner des conseils ou des jugements.
  7. Soutenir la personne dans sa quête de connaissance et d’expérience pour enrichir sa compréhension objective du monde.

Ce que nous en pensons

Pour lire ce qui suit

Alpha et Oméga. Chaque intelligence se tend entre deux pôles contraires ; « la polarité ne s’applique pas à la personne entière, mais à chaque intelligence séparément, à chaque aile de conscience ».

Le complémentaire. Le pôle que je porte le moins — et que je rencontre d’abord chez les autres.

La Puissance Créative. Quand les deux pôles vivent ensemble dans la même intelligence. Les stades qui y mènent sont développés dans Géométrie de l’amour.

Ce que Baldwin appelait décentrage, je l’appelle rencontrer son contraire

Baldwin a vu juste, et Piaget l’a mesuré : l’enfant commence adualiste, sans frontière entre lui et le monde, puis il se décentre — il découvre qu’un autre point de vue existe, et que le sien en est un parmi d’autres. Toute la maturité tient dans ce déplacement.

Je reprends la scène avec mes mots. Ce que l’enfant rencontre quand il se décentre, c’est un contraire. Sur chacune de ses cinq intelligences, il s’est déjà posé d’un côté — Alpha ou Oméga —, et l’autre côté lui arrive par le visage d’autrui : le frère qui range quand lui déborde, la mère qui prévoit quand lui saisit l’occasion. Le décentrage, c’est le jour où le complémentaire cesse d’être un adversaire pour devenir un point de vue.

Piaget compte trois stades. J’en compte quatre, et le premier est en dessous du sien. Au stade zéro, l’intelligence n’est même pas assez irriguée par la conscience pour tenir une position : rien en face, personne pour contredire, l’aile est éteinte. Au premier, elle se pose, et elle se bat — l’opposition stérile, celle qui dit non par principe. Au deuxième, elle fait comme si elle avait réconcilié les contraires ; c’est un miroir, la synthèse jouée. Au troisième seulement, les deux pôles vivent ensemble dans la même intelligence, et l’on peut alterner ou fondre selon l’heure. C’est ce que j’appelle une Puissance Créative — et c’est, je crois, ce que Baldwin visait quand il parlait de recentrage.

Car le recentrage a une loi, et elle sépare les deux mondes. Chez l’Alpha, le centre précède le travail et l’ordonne. Chez l’Oméga, le centre résulte du travail : c’est un vortex qui se forme en marchant et qui, une fois formé, tient l’ensemble. Deux façons d’être centré, et chacune prend l’autre pour du désordre. L’adulte dissocié dont parle cet article — celui qui « n’était plus lui-même » — a perdu son centre parce qu’une seule de ses ailes tenait la maison.

Et l’objectivité, cette pensée « contre soi » dont parle Bachelard ? Elle est ce qu’on gagne quand on a digéré le point de vue du contraire. Être présent, c’est être en état de digestion de l’autre. Le décentrage nourrit ; le recentrage fait un corps.

René Casimir, Géométrie de l’amour

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« Jouir de sa personnalité pour aimer »